Before your eyes - Wed, Mar 19, 2025
Que dire
Jeux monstrueux
Fantastique.
Incroyable
JPP
On va quand même essayer…
As-tu déjà fait un choix moral dans un jeu ? T’es-tu déjà investi dans une histoire… Les jeux vidéo sont incroyables, ils permettent de ressentir (avec toutes les formes d’art, mais anyway) des émotions.
Ce jeu est un jeu sur la mémoire en partie. Je n’ai pas vu de réel choix moral, sûrement car ils étaient trop bien posés, mais ce jeu, comme d’autres, nous fait explorer la vie de quelqu’un qui, rapidement, devient nous. Rien de nouveau, en un sens : la plupart des histoires de jeux vidéo sont comme cela, on vit l’histoire d’un personnage dont la conclusion est déjà écrite, quoique inconnue. D’autres jeux proposent d’explorer les souvenirs, je pense à To the Moon qui en a une très bonne approche.
Ce que je trouve terrible avec les souvenirs, c’est qu’ils sont incontrôlables et souvent on a l’impression qu’ils sont contre nous… Les bons deviennent de plus en plus flous, tandis que les mauvais s’exagèrent et restent frais.
Before Your Eyes est un jeu qui prend un bon concept et le complémente avec un gameplay à la fois innovant et parfaitement adapté : on interagit avec le jeu en clignant des yeux. Un mécanisme d’apparence simple mais d’une incroyable cruauté. Car, lorsque le métronome apparait sur l’écran, en un clin d’œil, on passe à la scène suivante. Si les moments joyeux de notre vie sont éphémères et nous font souffrir (physiquement) lorsque l’on essaye de les regarder en entier, les mauvais s’assurent que l’on les a vus en entier avant d’accepter d’être remplacés.
Tenter de se souvenir prend un sens très physique, il faut se forcer à ne pas cligner, tandis que perdre une scène sans faire exprès est très facile.
Tout cela, c’est la mécanique. On n’a pas encore parlé de l’histoire…
SPOILER ALERT
Le jeu n’est pas cher en solde et l’histoire est magnifique, je ne peux que recommander de ne pas lire la suite (encore moins que le début).
Vous avez été prévenu, l’histoire, c’est maintenant.
Vous vous réveillez sur un bateau un peu cartoony et une sorte de loup pêcheur vous regarde… Et il vous explique : « Vous êtes une âme et votre but, c’est d’aller au paradis. » Et comment on fait ? 1 : on se fait récupérer par un pêcheur ; ça, c’est fait. 2 : on convainc « qqn » de vous laisser y aller. Et comment on la convainc, cette personne ? on raconte son histoire…
Enfant jouissant d’une enfance heureuse, sa mère est compositrice, mais elle est obligée de travailler comme secrétaire pour subvenir aux besoins de la famille. On a un chat et, bientôt, une voisine arrive, on se lie d’amitié, d’amour ? Quoi qu’il en soit, on se met à jouer au piano, et on joue bien. Peut-être même assez pour rejoindre une grande école de piano. Mais non, cela veut dire abandonner notre amie pour le besoin de notre mère de satisfaire le désir de son père (oui, je n’ai pas parlé de ça, ce n’est pas important). Donc non, la veille de l’audition, on s’échappe, on passe une nuit avec notre copine sur la plage et le lendemain… on ne réussit pas l’audition.
Puis on tombe malade, pendant un an, mais pendant cette année, notre talent pour la peinture se révèle et bientôt, on est une star mondiale de la peinture. Quand notre mère meurt, on peint des tableaux extrêmement éprouvants pour passer notre peine et, dans une exposition, on retrouve notre amie d’enfance, qui passait par là quand
Quack quack quack.
Quack Quack
Qu’est-ce que c’est ? Ce sont les mouettes sur le bateau du pêcheur, d’anciennes âmes ayant menti à la gardienne du paradis et maintenant transformées en mouettes. Elles hurlent car nous faisons la même erreur qu’elles et que ce n’est pas la bonne voie.
Donc, qu’est-ce qui va pas ? On recommence notre histoire, cette fois pas le temps de s’attarder sur les détails. Ah ca c coi? Un souvenir où rien ne se passait et où il était trop dur de se concentrer pour le voir en entier… Ah, notre mère au téléphone… qui apprend la mort de son père, un fameux pianiste qui espérait que notre mère devienne à son tour un artiste de son niveau. Ce désir ne sera jamais rempli…
Et là ? Dans un lit d’hôpital… Nos parents discutent avec le médecin. En fait, c’est grave. On n’est pas resté malade un an… On est… mort dans notre lit ? On est au lit, et on cherche à s’occuper ; pourquoi ne pas écrire notre histoire ? Notre mère a l’air d’aimer ce qu’on écrit. Mais la dépression commence à entrer, on a 11 ans et ça fait près d’un an qu’on n’a pas quitté notre lit, et on commence à se séparer de notre amie, qui, du haut de ses 11 ans, ne comprend pas elle non plus ce qui se passe.
Le docteur est passé, il a installé une machine avec un bouton… Il dit que si j’ai trop mal, il suffit d’appuyer dessus. Je n’ai pas envie d’appuyer. J’ai envie de me battre, mais non, je ne peux pas. Tout ce que je peux faire, c’est manger, boire, prendre les médocs, puis appuyer en espérant que ça s’arrête. Ça s’arrête de moins en moins.
Mon père m’a demandé de rejouer un morceau que ma mère avait composé. Quand j’étais petit, elle faisait une dépression et, en jouant sur son piano, j’avais reproduit sa musique. Cela l’avait rempli de joie. Aujourd’hui, mon père aimerait que je reproduise le même exploit. L’abiàce est sûrement autre, mais jouer au piano… ça fait du bien.
Mon amie est revenue. Elle se sent mal de nous avoir abandonnés. Je m’en fous, je suis juste heureux qu’elle soit là. Je revois les étoiles de cette nuit sur la plage. Elle formait des mots… stay here. Je veux rester. Puis le rouge. Je n’arrive plus à manger. N’as-tu pas écouté les conversations des adultes à ma porte ? Ni a appuyé sur le bouton. Ou alors ça n’a plus d’effet. Tout est blanc. Je suis sur un bateau devant un pêcheur loup.
C’est lui qui va raconter mon histoire à la gardienne. D’ailleurs, il a du remords pour toutes ces mouettes qu’il n’a pas su faire entrer. Mais moi, il me dit : « J’ai toujours cru que les histoires que je racontais n’étaient pas assez grandes… je pense qu’elles l’étaient trop. »
Maman est dans ma chambre. Elle me parle de ce que j’ai écrit. C’était bien écrit, mais elle n’a jamais aimé le personnage. Pour moi, elle a écrit l’histoire d’un personnage qu’elle préférait infiniment. Un petit garçon qui n’a pas eu le temps de grandir, mais qui, dans sa courte vie, a aidé une voisine qui se sentait seule après la mort de sa mère.
À apporter à ses parents tout le bonheur dont ils avaient besoin et dont ils auraient pu rêver.
Un enfant qui n’était pas le plus grand artiste de son temps, mais l’être le plus précieux pour ses proches.
Oui… la gardienne, elle accepte.
Alors je pourrais finir sur cette note dramatique, mais en fait non. Ne lisez pas si vous aimez bien cette histoire et que vous ne voulez pas vous compliquer la vie, mais je me rends compte que j’ai juste raconté l’histoire. J’ai pas expliqué pourquoi elle est si bien. Si vous l’avez lu, vous êtes d’accord avec moi, ce n’est pas une question, ou alors je suis un narrateur de merde. (C’EST le cas, j’en suis conscient et ça se voit en plus…) Mais dans la manière dont je l’interprète, cette histoire, c’est l’histoire d’un petit garçon qui ne comprend pas ce qu’on attend de lui. Il rêvait d’une vie fantastique, à la hauteur des attentes du loup de mer ou de sa mère. Mais ce n’est qu’un enfant. On ne choisit pas de mourir comme cela. Alors, lorsqu’il comprend qu’il restera malade, C’est dur. Il écrit cette histoire fantastique et heureuse d’un artiste indépendant à qui tout réussit pour ses parents, pour montrer ce qu’il aurait été. Pour que Dieu l’accepte comme il aurait pu être. Il ne comprend pas qu’être ce qu’on est suffit. Nos parents nous aiment assez pour ne pas avoir besoin que nous « soyons » fantastiques. Nous le sommes déjà à leurs yeux. Et lorsque l’on comprend… On a plus de regrets. L’enfer est un endroit où on vit éternellement dans le regret, on va au paradis, on a vécu une belle vie et rien que pour cela on peut être heureux.